dimanche 6 janvier 2013

Le vin dans la Bible et le Coran : entre éloge et critique

Le vin est omniprésent dans la Bible.

Il fait toutefois figure de bénédiction ou de déshonneur selon l'emploi qu'on en fait.

Image : Les noces de Cana par le peintre Julius Schnorr von Carolsfeld (1819-1820)

Au vin bien-sûr il faut associer les autres boissons alcooliques telles que les liqueurs de figues, de dattes ou de tout autres fruits que la bassin méditerranéen et l'orient pouvait offrir.

Il semble que l'art de la vinification remonte aux temps les plus reculés.

Pour les concordistes il s'agit d'une évolution normale de l'intelligence de l'espèce humaine, pour les tenant de la création il s'agit d'un don de Dieu, le résultat d'une science naturellement déposée dans l'esprit de l'homme.

Dans le Coran le vin et le reste des boissons alcooliques sont prohibés.

Mais paradoxalement le vin ordinairement interdit au croyant musulman coule à flot dans le paradis qui lui est promis.

C'est volontairement et pour ne pas alourdir la liste que j'ai omis de donner en référence les textes bibliques faisant un usage symbolique du vin.

Mais ce que nous pouvons retenir de ces textes que je ne donne pas ci-après c'est que le vin est le plus souvent associé à la fureur et au péché.

Ainsi la Bible parle par exemple du "pressoir de la fureur de Dieu" (Apocalypse 14:19) ou "du vin de la fureur de sa fornication", celui de Babylone la Grande (Apocalypse 14:8).


Le vin pouvait être de bonne ou de mauvaise qualité comme le prouve certains versets et les sources profanes.

Bien que le vin était un produit de grande importance, parfois sacré, sa production n'était pas érigée au rang de science comme c'est le cas de nos jours.

Il était souvent amélioré ou agrémenté au moyen de fruits et de plantes.

Par ailleurs le vin dans l'orient ancien se conservait assez mal car on ne disposait que d'amphores ou d'outres pour le garder.

Les Grecs enduisaient l'intérieur des amphores de sève de pin afin qu'il se conserve mieux ce qui dénaturait son goût.

Le tonneau, bien qu'étant une invention ancienne qui remontrait au Vème siècle avant notre ère, ne s'imposa que très tardivement car le bassin méditerranéen et l'orient n'offraient pas de bois se prêtant aisément au cerclage à la différence des contrées d'Europe centrale et de l'ouest.

Concernant les mots "vigne", "vin", "vin nouveau" et "boissons fortes"

Le mot vigne correspond au mot hébreu gèphèn qui fait référence à la vigne à vin, le mot grec qui lui est apparenté est αμπελωνος (ampélônos).

Le mot vin correspond à plusieurs expressions hébraïques et grecques.

Tout d'abbord tirôsh et ḥèmèr (en araméen ḥamar) qui sont souvent traduit par "vin nouveau" et "vin doux" et qui font référence à un vin dont on ne détermine pas la nature, jeune, associé à un autre produit ou faiblement alcoolisé.

Enfin yayin le mot hébreu le plus souvent employé pour parler du vin tel qu'on peut l'entendre de nos jours, un vin arrivé à maturité sans ajout.

Le mot grec gleukos correspond dans les deux Testaments à l'hébreu ḥèmèr, tandis que l'autre mot grec pour parler de vin, oïnos, correspond à yayin.

Le mot hébreu asis se traduit plutôt par "jus", sans présence d'alcool donc.

Le mot hébreu sovèʼ est plus complexe.

Certains le font correspondre à du vin, d'autres à de la bière et d'autres encore à une boisson dont la nature n'est pas déterminé (cf. Isaïe 1:22 et Nahum 1:10).


Certains avancent l'hypothèse que les jus de raisin fermentés dont parle la Bible n'étaient pas alcoolisés mais cette idée n'est défendable ni sur le plan historique ni sur le plan scripturaire.

Cette thèse des jus fermentés non alcooliques est le résultat de la conclusion de quelques chrétiens évangéliques hébraïsants et très fondamentalistes qui, de par leur lecture de la Bible, cherchent à établir un lien entre l'antique prêtrise juive, le naziréat et le statut de "prêtrise royale et nation sainte" de l'assemblée chrétienne selon les mots de l'apôtre Pierre (cf. 1 pierre 2:9).

Attendu que les prêtres ne devaient pas prendre leur fonction après avec bu une boisson alcoolisée, ils en concluent qu'aucun chrétien, étant prêtre au sens symbolique et en permanence, ne devrait absorber d'alcool.

Il est cependant évident que tout prouve que le vin dont parle la Bible était alcoolisé et que Juifs et chrétiens en burent à commencer par Jésus.

Les versets bibliques cités sont tous tirés de la version Segond 21 ou de la Segond révisée (2002) sauf pour les livres deutérocanoniques et les passages du Coran qui sont tirés des versions Crampon 1905 et Chouraqui (l'ordre des versets peuvent différer suivant les différentes traductions).

Contexte historique et autres repères scripturaires :

Noé commença à cultiver le sol et planta de la vigne. Il but du vin et devint ivre, si bien qu'il se dénuda au milieu de sa tente. (Genèse 9:20)

Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin. Il était prêtre du Dieu très-haut. (Genèse 14:18)

L'aînée dit à la plus jeune: "Notre père est vieux et il n'y a pas d'homme dans la région pour s'unir à nous comme cela se fait partout. Viens, faisons boire du vin à notre père et couchons avec lui afin de lui donner une descendance". (Genèse 19:31 et 32)

Avec le premier agneau, tu offriras 2 litres de fleur de farine pétrie dans un litre d'huile d'olives concassées, ainsi qu'une offrande d'un litre de vin. (Exode 29:40)

L'Eternel dit à Aaron: "Tu ne boiras ni vin ni boisson alcoolisée, toi ainsi que tes fils, lorsque vous entrerez dans la tente de la rencontre, sinon vous mourrez. Ce sera une prescription perpétuelle pour vous au fil des générations". (Lévitique 10:8 et 9)

L'Eternel dit à  Moïse: "Transmets ces instructions aux Israélites: Lorsque quelqu'un, homme ou femme, se consacrera tout particulièrement à  l'Eternel en faisant voeu de naziréat, il s'abstiendra de vin et de boisson alcoolisée. Il ne boira ni vinaigre fait avec du vin, ni vinaigre fait avec une boisson alcoolisée. Il ne boira d'aucune liqueur tirée des raisins et il ne mangera pas de raisins, ni frais ni secs. Pendant toute la période de sa consécration, il ne mangera rien de ce qui provient de la vigne, depuis les pépins jusqu'à  la peau du raisin." (...) Voici la loi relative au naziréen. Le jour où prendra fin sa période de consécration, on le fera venir à l'entrée de la tente de la rencontre. (...) Le prêtre fera pour eux le geste de présentation devant l'Eternel: c'est une chose sainte qui appartient au prêtre, avec la poitrine qu'on a présentée et la cuisse prélevée. Ensuite, le naziréen pourra boire du vin. (Nombres 6:1 à 4 ; 13 et 20)

Je te donne les premiers produits que les Israélites offriront à l'Eternel: tout ce qu'il y aura de meilleur en huile, tout ce qu'il y aura de meilleur en vin nouveau et en blé. (Nombres 18:12)

Vous tous qui avez soif, venez vers l'eau, même celui qui n'a pas d'argent! Venez, achetez et mangez, venez, achetez du vin et du lait sans argent, sans rien payer ! (Esaïe 55:1) 

On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres, sinon les outres éclatent, le vin coule et les outres sont perdues; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent. (Matthieu 9:17)

Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel, mais, quand il l'eut goûté, il ne voulut pas boire. (Matthieu 27:34) 

Mais l'ange lui dit: «N'aie pas peur, Zacharie, car ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth te donnera un fils et tu l'appelleras Jean. Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin ni boisson alcoolisée et il sera rempli de l'Esprit saint dès le ventre de sa mère. (Luc 1:13-15)

En effet, Jean-Baptiste est venu, il ne mange pas de pain et ne boit pas de vin, et vous dites: 'Il a un démon.' Le Fils de l'homme est venu, il mange et il boit, et vous dites: 'C'est un glouton et un buveur, un ami des collecteurs d'impôts et des pécheurs.' Mais la sagesse a été reconnue juste par tous ses enfants. (Luc 7:33-35)

Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut rempli de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. (Luc 10:33 et 34)

Quand l'heure fut venue, il se mit à table avec les [douze] apôtres. Il leur dit: «J'ai vivement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir car, je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu.» Puis il prit une coupe, remercia Dieu et dit: «Prenez cette coupe et partagez-la entre vous car, je vous le dis, [désormais] je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu.» Ensuite il prit du pain et, après avoir remercié Dieu, il le rompit et le leur donna en disant: «Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites ceci en souvenir de moi.» Après le souper il prit de même la coupe et la leur donna en disant: «Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui est versé pour vous. (Luc 22:14-20 ; cf. 1 Corinthiens 11:23-26)

Comme le vin venait à manquer, la mère de Jésus lui dit: «Ils n'ont plus de vin.» Jésus lui répondit: «Que me veux-tu, femme? Mon heure n'est pas encore venue.» Sa mère dit aux serviteurs: «Faites tout ce qu'il vous dira.» Or il y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs et contenant chacune une centaine de litres. Jésus leur dit: «Remplissez d'eau ces jarres.» Et ils les remplirent jusqu'au bord. «Puisez maintenant, leur dit-il, et apportez-en à l'organisateur du repas.» Et ils lui en apportèrent. L'organisateur du repas goûta l'eau changée en vin. Ne sachant pas d'où venait ce vin, tandis que les serviteurs qui avaient puisé l'eau le savaient bien, il appela le marié et lui dit: «Tout homme sert d'abord le bon vin, puis le moins bon après qu'on s'est enivré; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent !» (Jean 2:3-10)

Mais d'autres se moquaient et disaient: «Ils sont pleins de vin doux.» (Actes 2:13)

Et j'entendis [comme] une voix dire, au milieu des quatre êtres vivants: «Une mesure de blé pour une pièce d'argent et trois mesures d'orge pour une pièce d'argent, mais ne touche pas à l'huile et au vin.» (Apocalypse 6:6)

L'éloge et l'apologie :

Honore l'Eternel avec tes biens et avec les premiers de tous tes produits! Alors tes greniers seront abondamment remplis et tes cuves déborderont de vin nouveau. (Proverbes 3:9 et 10)
Ce n'est pas aux rois, Lemuel, ce n'est pas aux rois de boire du vin, ni aux princes de rechercher des boissons fortes. En effet, en buvant ils pourraient oublier les lois et porter atteinte à la cause des plus malheureux. Donnez des liqueurs fortes à celui qui va mourir, du vin à celui qui est rempli d'amertume: qu'il boive et oublie ainsi sa pauvreté, qu'il ne se souvienne plus de sa peine. (Proverbes 31:4-7)

J'ai imaginé, dans mon coeur, de livrer mon corps au vin tout en me conduisant avec sagesse et de m'attacher à la folie jusqu'à ce que je voie ce qu'il est bon pour les humains de faire sous le ciel tout au long de leur vie. Je me suis lancé dans de grandes entreprises: je me suis construit des maisons, je me suis planté des vignes, je me suis fait des jardins et des vergers et j'y ai planté toutes sortes d'arbres fruitiers. (Ecclésiaste 2:3-5)

On prépare des repas pour s'amuser, le vin rend la vie joyeuse et l'argent a réponse à tout. (Ecclésiaste 10:19)

Il m'a fait entrer dans la maison du vin, et l'étendard qu'il déploie au-dessus de moi, c'est l'amour. (Cantique des cantiques 2:4)

J'entre dans mon jardin, ma soeur, ma chérie. Je cueille ma myrrhe et mes aromates, je mange mon rayon de miel avec mon miel, je bois mon vin avec mon lait. (Cantique des cantiques 5:1)
Voici ce que dit l'Eternel: Quand on trouve du jus dans une grappe, on dit: «Ne la détruis pas, car elle contient une bénédiction!» J'agirai de la même manière à cause de mes serviteurs: je ne détruirai pas tout. (Esaïe 65:8)

Ils viendront et pousseront des cris de joie sur les hauteurs de Sion. Ils accourront vers les biens de l'Eternel: le blé, le vin nouveau, l'huile, le petit et le gros bétail. Leur vie sera pareille à un jardin arrosé et ils ne dépériront plus. (Jérémie 31:12)

L'Eternel répond et dit à son peuple: «Je vous enverrai le blé, le vin nouveau et l'huile. Vous en serez rassasiés, et je ne vous exposerai plus à l'insulte parmi les nations. (...) Les aires se rempliront de blé, et les cuves regorgeront de vin nouveau et d'huile. (Joël 2:19 et 24)

A ce moment-là, le vin nouveau ruissellera des montagnes, le lait coulera des collines et il y aura de l'eau dans tous les torrents de Juda. Une source sortira aussi de la maison de l'Eternel et arrosera la vallée de Sittim. (Joël 4:18)

Ils habiteront chacun au milieu de ses vignes et de ses figuiers, et il n'y aura personne pour les troubler, car la bouche de l'Eternel, le maître de l'univers, a parlé. (Michée 4:4) 

Ephraïm sera pareil à un héros; leur coeur aura la joie que donne le vin. Leurs fils le verront et seront dans l'allégresse, leur coeur se réjouira en l'Eternel. (Zacharie 10:7)

Si le cours de mes paroles est beau et bien ordonné, tel était mon désir; s’il est médiocre et faible, c’est tout ce que j’ai pu faire ! Comme il est nuisible de boire seulement du vin ou seulement de l’eau, tandis que le vin mélangé à l’eau est agréable et procure du plaisir, ainsi la bonne ordonnance des paroles sera agréable et charmera l’entendement de ceux qui, d’aventure, consulteront ce livre. C’est ici la fin. (2 Maccabées 15:38 et 39)

Cesse de ne boire que de l'eau, prends un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquents malaises. (1 Timothée 5:23)

Du fruit des palmiers et des raisins
vous tirez du vin et une subsistance excellente,
C’est en cela un Signe, pour un peuple qui discerne. (Le Coran, sourate 16:67)

Image du Jardin promis aux frémissants:
là, il est des fleuves d’une eau sans pollution,
fleuves de lait au goût inaltérable,
fleuves de vin, volupté des buveurs,
fleuves de miel pur...
Les élus ont, là, de tous les fruits,
avec l’indulgence de leur Rabb.
En est-il de même dans le Feu ?
Là en permanence, ils sont abreuvés
d’une eau bouillante qui déchiquette les entrailles. (Le Coran, sourate 47:15 ou 16)

La critique :

Le vin est moqueur, les boissons fortes sont bruyantes; s'en enivrer n'est pas sage. (Proverbes 20:1)

Celui qui aime la joie connaîtra la misère, celui qui aime le vin et l'huile ne s'enrichira pas. (Proverbes 21:17)

Ne figure pas parmi les buveurs de vin, parmi ceux qui font des excès de viande, (...) Pour qui les «ah»? Pour qui les «hélas»? Pour qui les disputes? Pour qui les plaintes? Pour qui les blessures sans raison? Pour qui les yeux rouges? Pour ceux qui s'attardent auprès du vin, pour ceux qui vont déguster du vin mélangé. Ne regarde pas le vin parce qu'il est d'un beau rouge et qu'il fait des perles dans la coupe: il s'avale d'un trait et il finit par mordre comme un serpent, par piquer comme une vipère. Tes yeux auraient alors d'étranges visions et ton coeur exprimerait le dérèglement. Tu serais pareil à un homme couché en pleine mer, à un homme couché au sommet d'un mât: «On m'a frappé et je n'ai pas mal! On m'a battu et je ne sens rien! Quand me réveillerai-je? J'en veux encore!» (Proverbes 23:20, 29 à 35)

Mais eux aussi, ils titubent sous l'effet du vin et les liqueurs fortes les égarent; prêtres et prophètes titubent sous l'effet des liqueurs fortes, ils sont troublés par le vin, ils s'égarent à cause des liqueurs fortes. Ils titubent en prophétisant, ils vacillent en rendant leurs verdicts. (Esaïe 28:7)

L'ouvrier adonné au vin ne s'enrichira pas. (Siracide 19:1)

Ne fais pas le brave avec le vin, car le vin en a fait périr beaucoup. La fournaise éprouve l'acier quand on le trempe; de même le vin éprouve les coeurs quand les orgueilleux se querellent. Le vin est comme la vie pour l'homme, si tu le bois dans sa juste mesure. Quelle vie a celui qui manque de vin? Et certes le vin a été fait pour réjouir les hommes. Allégresse du coeur et joie de l'âme, tel est le vin pris à temps, dans une juste mesure. Amertume de l'âme est le vin bu en abondance, alors qu'on est excité et qu'on se dispute. L'ivresse échauffe la fureur de l'insensé et le fait tomber; elle diminue les forces et amène des blessures. (Siracide 31:25-30)

Ne vous enivrez pas de vin: cela mène à la débauche. Soyez au contraire remplis de l'Esprit: (Ephésiens 5:18)

Cette parole est certaine: si quelqu'un aspire à la charge de responsable, c'est une belle tâche qu'il désire. (...) Il ne doit pas être buveur. (...) Les diacres eux aussi doivent être respectables, n'avoir qu'une parole et ne pas s'adonner à la boisson ni être attirés par le gain. (1 Timothée 3:1-8)

De même, les femmes âgées doivent se comporter comme il convient à des servantes de Dieu. Elles ne doivent pas être médisantes ni esclaves de la boisson, mais enseigner ce qui est bien. (Tite 2:3)

C'est déjà bien suffisant d'avoir par le passé accompli la volonté des non-croyants en marchant dans les désordres, les convoitises, l'ivrognerie, les orgies et autres beuveries ainsi que dans les idolâtries criminelles. (1 Pierre 4:3)

Ils t’interrogent sur le vin et le jeu.
Dis: « Grave est l’offense des deux,
malgré leur attrait pour les hommes.
Mais leur offense est plus grave que leur attrait. »
Ils t’interrogent: « Que prodiguer ? » Dis: « Le superflu. »
Ainsi Allah vous fait discerner les Signes
pour que vous méditiez (Le Coran, sourate 2:219 ou 216)

Ohé, ceux qui adhèrent,
le vin, le jeu, les stèles, les flèches
sont une abomination, l’oeuvre du Shaïtân:
écartez-vous d’eux.
Peut-être serez-vous fécondés.
Le Shaïtân veut susciter entre vous
l’animosité et la haine par le vin et le jeu,
pour vous éloigner de la mémoire d’Allah et de la prière.
Ne vous en abstiendrez-vous pas ? (Le Coran, sourate 5:90, 91 ou 92, 93)

dimanche 17 juin 2012

Espèce de présence !


Trans-sub-stan-tia-tion...

Ça vous paraît compliqué à prononcer ?

Que cela ne vous alarme pas, c'est du langage de sophiste, du langage théologique quoi.

Il y en a aussi un autre de la même veine : con-sub-stan-tia-tion.

Et qu'est-ce que cela signifie me direz vous ?

Oh... pour cela il va falloir remonter assez loin dans le temps, un temps où ces mots n'existaient pas et où la chose à laquelle ils correspondent revêtait une toute autre forme.

Nous sommes dans les années 50 et 60 du premier siècle de notre ère, le jeune christianisme est en plein essor.

L'apôtre Paul use dans ses lettres d'un mot grec, « eukharistia », pour parler d' « actions de grâce » ou, selon l'usage dans la langue anglaise, de « thanksgiving », c'est à dire dans les deux cas d'actes de remerciement pour les dons que Dieu nous accorde.

Ils se caractérisent dans la vie du chrétien par des actions précises tant dans le quotidien profane que cultuel mais aussi par des prières et des louanges.

D'ailleurs le mot «  eukharistia » est souvent rendu par « remerciement » dans les versions de la Bible.

Voilà pour la petite histoire, mais les coutumes et le sens des mots changent avec le temps...

Ainsi les « actions de grâces » vont devenir l’ « action de grâce , francisé en « eucharistie ».

L'« eucharistie » va se concentrer sur une chose qui portait jusque-là un tout autre nom.

Lors de la Pâque juive précédent sa mort quelques heures plus tard, Jésus institua une cérémonie de souvenir (lire Matthieu 26:26-30 et Luc 22:14-20).

Cette cérémonie sera couramment appelée par ses premiers disciples « repas du Seigneur » (lire par exemple 1 Corinthiens 11:20).

Cette pratique fait bien partie des différents aspects des « actions de grâces ».

De nos jours elle est appelée selon les habitudes propres aux différentes églises « Sainte Cène », « repas ou souper du Seigneur », « mémorial », « sacrifice de la messe » ou, et là nous entrons dans le vif du sujet, « eucharistie ».

L'église catholique a choisie de lier de façon absolue le mot « eucharistie » à la pratique du repas du Seigneur.

Pour elle il s'agit non seulement d'une cérémonie de souvenir mais également de la répétition de son sacrifice, le sacrifice réel étant appelé « sanglant » et celui de la messe « non sanglant », et d'une communion mystique au cours de laquelle le fidèle s'associe au Christ de façon métaphysique.


Revenons en à présent à notre thème de départ.

Pour le catholique que se passe-t-il lorsque, après avoir été consacrés (bénis), le prêtre boit le vin et que le fidèle absorbe l'hostie (petite pièce de pain sans levain) ?

Il y a transsubstantiation.

En voici les détails techniques : Selon la croyance catholique la substance du pain et du vin, ou plutôt dirons-nous pour simplifier, le pain et le vin tels qu'ils existent par eux-mêmes, se transforment en la vraie chair et le vrai sang du Christ, bien qu'en apparence ils demeurent de simples aliments.

Cette transformation commence dès la consécration et demeure temps que le pain et le vin subsistent en tant que tels.

On parle alors de « présence réelle », ça fait un peu cannibale mais c'est ainsi.

C'est probablement la digestion qui a raison du corps du Christ, à moins qu'il ne faille attendre que les intestins aient fait leur travail et aient totalement absorbé ce qu'il y avait de divin dans les aliments...

Il s'agit d'une interprétation littérale des mots de Jésus « ceci est mon corps (…), ceci est mon sang » et encore « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage » (Jean 6:53-55 - Crampon).

Dans l'église catholique point de métaphore, il n'y place que pour la métaphysique et les mystères !


On parle également de communion "sous une seule espèce" ou "sous les deux espèces", la première étant pratiquée par l'église romaine, l'autre par les églises orientales et celles de traditions luthériennes et hussites.


L'église catholique a adoptée, pour ne pas dire inventée, le système de la communion "sous une seule espèce" pour éviter le risque d’effusion du vin.


Son choix de remplacer le vin rouge par du blanc y est directement lié.

Selon des sources le mot transsubstantiation est apparu au 11ème siècle sous la plume d'Hildebert de Tours et sera repris en 1215 lors du 4ème concile du Latran lorsque le dogme sera officialisé.

On est bien loin du simple « eukharistia » de l'apôtre Paul...

Puis arrive le 16ème siècle et la Réforme, bref bien des déboires pour l'église catholique.

Déjà un peu avant d'autres gens très bien s'étaient inquiété de savoir comment les choses se passaient à l'intérieur des aliments, tels les moines franciscains Guillaume d'Ockham et John Duns Scot.

Ils furent les défenseurs d'une doctrine en opposition avec la transsubstantiation, la fameuse consubstantiation, bien que cette dernière ne soit pas si différente de la première, pour preuve il ne furent pas condamnés comme hérétiques.

La consubstantiation restera lettre morte dans l'église catholique mais elle ne sera pas perdue pour tout le monde puisqu'en 1520 l'ex moine augustin Martin Luther la récupérera et en fera la doctrine eucharistique officielle de son église.

Parce que le petit père Luther ne savait que faire de la messe il fit ce que l'on fait avec un vieux meuble dont on s'est lassé mais que l'on aime trop pour le jeter, on lui donne un bon coup de peinture et le tour est joué.

Mais la consubstantiation c'est quoi ?

Et bien c'est en gros la même chose que la transsubstantiation à ce détail près que pour ses défenseurs les aliments ne sont pas transformés mais conservent leur substances propres, c'est à dire qu'ils demeurent réellement du pain et du vin auxquels s'associent la chair et le sang du Christ.

Il n'y a donc pas transformation mais association (en latin consubstantiation est formé de « con » signifiant « avec » et de « substentia », n'y voyez rien d'inconvenant, la substance en question n'est jamais stupide).

Que le fidèle catholique ne s'en inquiète pas, la communion mystique aura bien lieu également dans le ventre du luthérien !

Pour l'anglican c'est un peu plus compliqué car son église ne l'oblige à croire ni plus en l'une qu'en l'autre des deux doctrines.

Mais qu'en pensaient les deux autres pères du protestantisme Jean Calvin et Ulrich Zwingli ?

Calvin ne crache pas sur la présence du Christ durant la Cène mais il ne retient pas la communion mystique selon les termes de la présence réelle.

Il s'agit pour le réformateur de Genève d'une présence spirituelle qui nourrit l'âme du fidèle tandis qu'il absorbe les aliments.

Quand à Zwingli il rejette en bloc tout rapport de communion et ne retient que la cérémonie du souvenir selon cette parole de Jésus : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (Luc 22:19 et 1 Corinthiens 11:25, 26 - Segond).

Zwingli s'accorde avec Calvin quand à la présence spirituelle du Christ durant la Cène mais limite cette présence à la sphère de l'assemblée des fidèles, il ne s'agit pas d'une présence distribuée individuellement, selon ces autres paroles de Jésus : «  Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18:20 - Segond).

Pour ces deux acteurs de la Réforme faire de ces simples aliments une présence physique de Dieu serait blasphématoire et s'agenouiller devant reviendrait à pratiquer une forme d’idolâtrie.

La question de la « présence » du Christ dans les aliments ne serait-elle pas plus simple à résoudre en tenant compte du langage avec lequel Jésus s'adresse en général ?

Partout dans les quatre récits évangéliques il s'adresse en termes figurés et l'église catholique autant que la luthérienne retiennent un grand nombre de ses paroles comme telles.

Alors pourquoi s'embarrasser de dogmes aussi complexes qu'inexplicables que sont la transsubstantiation et la consubstantiation ?

D'autant qu'il convient certainement de tenir compte d'un autre aspect de la doctrine chrétienne.

L'apôtre Paul traita de la question de savoir comment les créatures terrestres, donc physiques, que sont les humains pouvaient exister après leur mort dans le ciel auprès de Dieu.

On lit ce qui suit : « Ce que j’affirme, frères, c’est que ni la chair ni le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n’héritera pas l’incorruptibilité. » (1 Corinthiens 15:50 - Crampon).

C'est donc un premier point, que chair et sang ne peuvent exister hors de la sphère terrestre et de là il n'y a aucune raison logique de penser que ceux-ci soient recréé à chaque sacrifice de la messe ou que le véritable corps de Jésus soit demeuré intacte après sa mort et ait subsisté dans les cieux.

D'ailleurs, pour aborder la question du sacrifice perpétuel (non sanglant) durant la messe, notons ce texte qui le terrasse : « Et ce n’est pas pour s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre entre chaque année dans le sanctuaire avec un sang qui n’est pas le sien : autrement il aurait dû souffrir plusieurs fois depuis la fondation du monde; mais il s’est montré une seule fois, dans les derniers âges, pour abolir le péché par son sacrifice. Et comme il est arrêté que les hommes meurent une seule fois, après quoi vient le jugement, ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour ôter les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, sans péché, pour donner le salut à ceux qui l’attendent ». (Hébreux 9:25-28 - Crampon)

Mais il y a plus...

Selon les évangiles, tout laisse à penser qu'après sa résurrection Jésus n'avait plus son corps d'origine.

Tout d'abord Marie Madeleine ne le reconnaît pas : « Ayant dit ces mots, elle se retourna et vit Jésus debout; et elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit: "Femme, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous?" Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit: "Seigneur, si c’est vous qui l’avez emporté, dites-moi où vous l’avez mis, et j’irai le prendre". » (Jean 20:14, 15 - Crampon).

Puis on lit que ses propres disciples non plus : «  Tandis qu’ils causaient et discutaient, Jésus lui-même, s’étant approché, se mit à faire route avec eux; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ». (Luc 24:15, 16 - Crampon), « Le matin venu, Jésus se trouva sur le rivage; mais les disciples ne savaient pas que c’était Jésus » (Jean 21:4 - Crampon).

Enfin il se montre tel un spectre, comme si lors de ses apparitions son corps n'était en fait qu'une matérialisation temporaire : « Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent; et il disparut de leur vue » (Luc 24:30, 31 - Crampon), « Le soir de ce même jour, le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées, parce qu’ils craignaient les Juifs, Jésus vint, et se présentant au milieu d’eux, il leur dit: "Paix avec vous ! » (Jean 20:19 - Crampon).

Je vous laisse juge de tout ceci.

Pour ma part je rejoins volontiers le point de vue de Zwingli qui colle à mon sens le plus au modèle biblique sur la bonne façon de célébrer le repas du Seigneur.




samedi 21 janvier 2012

Le canular de l’Évangile de la paix et la question des apocryphes modernes

Il fallait s'y attendre tant son contenu était inhabituel.

Image : Edmond Szekély accompagné d'étudiants

Cependant Edmond Szekély nous le présentait quand-même comme dépendant de deux manuscrits authentiques, l'un en araméen, l'autre en slavon.

Le premier se serait trouvé dans la bibliothèque vaticane tandis que le second aurait été conservé dans la bibliothèque royale des Habsbourg sous le numéro 156-P.

Avec de telles références on aurait pu s'attendre à quelque chose de concret.

Pourtant non, il s'agit bien d'un faux qui continue hélas d'être réédité.

C'est M. Jean-Daniel Kaestli, grand spécialiste de la littérature apocryphe chrétienne, qui m'en a donné la confirmation (voir ses références à la fin de l'article).

« Il suffit de lire quelques lignes du texte pour se convaincre qu'il ne remonte pas à un quelconque manuscrit ancien, araméen ou slavon » m'a confié le professeur Kaestli.

Edmond Szekély (1905-1979) fut un diététicien et philosophe fils d'un père hongrois de confession unitarienne et d'une mère française catholique.

On trouvera une biographie détaillée ici : http://www.communityofpeace.net/Britxt/B03profes.htm

Par son « Évangile de la paix », probablement forgé dans les années 1930, il prétendait nous offrir des paroles inédites de Jésus-Christ que Jean, son disciple préféré, aurait consigné dans leur langue respective, l'araméen.

L'ouvrage est présenté comme dépendant du courant essénien mais il a surtout - est-ce accidentel ? - une saveur de gnosticisme, surtout à cause de sa référence à une « Mére, la Terre » (avec une majuscule) qui partout accompagne le Père Céleste.

En le parcourant on notera une citation in-extenso des paroles de l'apôtre Paul tirées de la première aux Corinthiens au chapitre 13 ce qui n'est pas sans ajouter à son caractère déja étrange.

Cela n'a pas été sans me rappeler les retranscriptions à la lettre tirées de la King James version que Joseph Smith fit dans son Livre de Mormon.

Il m'a semblé utile de souligner le caractère frauduleux de cette publication afin que le lecteur ne soit pas abusé.

On le trouve un peu partout sur le net, notamment ici :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Apocryphes/Delapaix/Paixindex.htm

Ou encore ici :

http://nous-les-dieux.org/L'%C3%A9vangile_de_la_Paix_de_J%C3%A9sus-Christ_par_le_disciple_Jean

Le cas d'un apocryphe moderne comme celui-ci n'est pas unique.

Je l'ai d'ailleurs déjà cité plus haut, le Livre de Mormon et quelques-uns des autres volumes sacrés du mormonisme comme le Livre d'Abraham et le Livre de Moïse, tous paru dans la première moitié du 19ème siècle, sont eux-aussi des apocryphes modernes.

La fausseté du Livre d'Abraham a depuis longtemps été établie.

Après avoir scrupuleusement examiné l'original du papyrus retrouvé en 1967, une équipe d'égyptologues ont découvert qu'il s'agissait en réalité d'un exemplaire du Livre égyptien des mort et que Joseph Smith avait utilisé 136 mots anglais différents pour traduire le hiéroglyphe correspondant au mot « lac ».

Voir tous ces livres : http://scriptures.lds.org/fr/

Un manuscrit italien datant du 16ème siècle et sa traduction espagnole du 18ème nous offrent quand à eux un texte musulman appelé Évangile de Barnabas dont on en sait pas grand-chose quand à son origine réelle.*

On pourrait légitimement rester songeur face à l'emploi de l'expression « apocryphes modernes ».

Un ami me confiait « Pourquoi dire « apocryphes » modernes alors que ce sont des pseudo-apocryphes ? Après les premiers siècles du christianisme peut-on parler encore d'apocryphe ? ».

Il y a deux définitions du mot apocryphe.

La première, le sens primitif du mot apokryphos, qui signifie "caché" ou "secret", sous entendu des livres qu'on ne lit pas en public ou qu'on ne donne en lecture qu'à des personnes qualifiées, suffisamment matures dans la foi.

La seconde, plus tardive, c'est celle qu'ont produit les commentaires de (St) Jérôme, des "faux", c'est à dire des livres faussement attribués à un rédacteur et, par conséquent, faussement inspirés.

Par soucis d’exactitude la critique moderne a également proposée le mot "pseudépigraphe" considéré par certains comme étant mieux adapté.

Dans leur partie chrétienne ces livres ont de toute façon tous été écrits à partir de la seconde moitié du 2ème siècle.

Tous sont des faux, puisqu'ils rapportent des témoignages jusqu'à 3 ou 4 siècles après les faits, alors que leur texte sous-entend une rédaction quasi immédiate ou un rapport fiable.

Quelle différence y a-t-il au fond entre
La lettre de Jésus-Christ sur le dimanche, forgée au 4ème ou 5ème siècle, et l'évangile de la paix de Jésus-Christ d'Edmond Székely écrite au 20ème ?

Ces ouvrages ont été rédigés dans un but bien précis, pour répondre à des questions et pour soutenir des doctrines.

Dans les deux exemples cités le premier sert à justifier l'observance du dimanche comme jour sacré et réservé au culte, le second à prouver que le but premier du ministre de Jésus était la guérison des maladies.

Un apocryphe est un apocryphe, quel que soit l'époque de sa rédaction.

Évidemment dans le cas de
l'évangile de la paix de Jésus-Christ d'Edmond Székely il faut lui adjoindre le qualificatif de "moderne" afin de différencier la vague d'apocryphes des cinq premiers siècle du christianisme de celle plus récente, qui n'est finalement qu'une résurgence de la première sous l'influence directe de la lecture de ses ouvrages.

Important également l'aspect romanesque.

Il faut je crois différencier les buts.

La plupart du temps le but d'un apocryphe est de défendre une doctrine.

Mais il ne faudrait pas négliger le côté romantique et artistique des premiers chrétiens.

Beaucoup ont voulu, on le remarque surtout dans les Actes apocryphes, offrir de l'aventure, de l’exotisme.

Ils étaient inspiré par leur imaginaire ou poussé par leurs sentiments.

Le rédacteur des Actes de Paul par exemple avait fini par être démasqué, selon ce que rapporte Tertullien dans son traité sur le baptême.

Il s'agissait d'un presbytre d'Asie qui avait imaginé le récit par amour pour Paul.

Ainsi, si certains apocryphes peuvent être perçu comme une calamité sur les plans doctrinaux ou historiques, d'autres devraient avant tout être regardé comme des récits de fiction volontaire.

Bibliographie fournie par le professeur Jean-Daniel Kaestli :

Piovanelli Pierluigi, «Qu'est-ce qu'un "écrit apocryphe chrétien", et comment ça marche? Quelques suggestions pour une herméneutique apocryphe», dans : Pierre Geoltrain ou comment "faire l'histoire" des religions? Le chantier des "origines", les méthodes du doute et la conversation contemporaine entre les disciplines (BEHE.R 128) (HPSSR 2), Mimouni, Simon C. - Ullern-Weité, Isabelle (éds), Turnhout, Brepols, 2006, p. 173-186.

Edgar J. Goodspeed, Strange New Gopsels, Chicago, Chicago University Press, 1931 (réimpression: Freeport, Books for Libraries Press, 1971).

Per Beskow, Strange Tales about Jesus. A Survey of Unfamiliar Gospels, Philadelphia, Fortress Press, 1983 (édition originale suédoise, 1979).

Références du professeur Jean-Daniel Kaestli :

http://www.unil.ch/irsb/page27736.html

http://www.recherche-plurielle.net/cccsundgau/archives-ccc/interview-jean-daniel-kaestli.htm

http://www2.unil.ch/aelac/

*voir mon article du 6 novembre 2010 : http://alephetomega.blogspot.com/2010/11/levangile-musulman-de-barnabas.html

dimanche 6 novembre 2011

L'Aïd el-Kebir (Aïd al-Adha) et le poème du Manteau (Al-Burda)

Deux courts articles aujourd'hui, l'un traitant de la plus grande fête de l'islam, l'autre d'un très ancien poème sur Mahomet.

Pour ceux qui l'ignoreraient cette fête musulmane commémore le jour où Dieu demanda à Abraham de lui offrir son fils en sacrifice avant d'envoyer son ange arrêter la main du patriarche.

Le récit se trouve dans la Bible en Genèse 22 et dans le Coran dans la sourate 37 versets 100 à 113.

Le récit biblique indique que le fils d'Abraham qui fut "offert" est Isaac.

Le contexte de la sourate coranique semble indiquer qu'il s'agissait bien d'Isaac mais la tradition islamique affirme qu'il s'agissait d'Ismaël, premier fils d'Abraham qu'il eut avec sa servante Agar (la tradition le tient comme étant l’ancêtre des Arabes).


Dieu avait promis à Abraham qu'il serait père d'une grande nation (Genèse 12).


Sara sa femme étant stérile, elle demanda à son mari de se doter d'une desce

ndance par le biais de sa servante (Genèse 16).


Puis Sara tomba miraculeusement enceinte et accoucha d'Isaac (Genèse 18:10 et 21:1-3).


Agar ayant fait preuve de légèreté, Sara demande à Abraham de la chasser avec son enfant. Dieu promis à Abraham de faire d'Ismaël le père d'une autre grande nation (Genèse 21:8-21)


Après un certain temps, que la Bible n'indique pas mais le récit indique que l'enfant pouvait s'exprimer, Dieu demanda à Abraham de lui sacrifier Isaac, la suite nous la connaissons (Genèse 22).


C'est à travers ce geste qu'Abraham prouva qu'il était tout entier soumis à Dieu, soumis étant la traduction exact de l'arabe « muslim », c'est à dire musulman dans notre langue.


Le Coran déclare donc à propos du patriarche : « Abraham n'était ni Juif ni Chrétien. Il était entièrement soumis (Musulman) à Allah » (3:67).


Pour en revenir au problème Isaac versus Ismaël je vous renvoi à cet excellent article : http://eduscol.education.fr/cid46356/le-sacrifice-d-abraham-et-la-ligature-d-i

saac%C2%A0-lecture-de-ce-recit-dans-le-coran-le-sacrifice-d-isaac-ou-d-ismael%C2%A0.html


Vous verrez que tout le monde dans l'islam ne s'accorde pas sur l'identité du fils.



Autre sujet... le fameux poème du Manteau (Al-Burda).


Image : Manuscrit du poème daté du 13 juin 1360, exposé en Egypte au musé du Caire.



Il fut écrit par un savant mystique, Sharafu-d-Dîn Al Bûsîri, au 13ème

siècle et continu de faire autorité dans le monde islamique.



Je suis plutôt surpris par son contenu, je vous livre quelques extraits et je vous dirai ensuite pourquoi.

«
Que dis-je ? le besoin pouvait-il inspirer le désir des biens de ce mondé, à celui sans lequel le monde ne serait jamais sorti du néant? (autre traduction : « Si ce n'avait été pour le Prophète de Dieu alors le monde n'existerait pas ».

Mouhammad est le prince des deux mondes, des hommes et des génies, le souverain des deux peuples, des Arabes et des barbares.

Il est notre prophète, qui nous prescrit ce que nous devons faire, et nous défend ce que nous devons éviter.

Il est le plus véridique de tous les hommes, soit qu'il affirme, soit qu'il nie.

Il est l'ami de Dieu ; il est celui dont l'intercession est l'unique fondement de notre espoir et notre ressource contre les dangers les plus affreux.

Il a appelé les mortels à la connaissance de Dieu, et quiconque s'attache à lui s'attache à une corde qui n'est point sujette à se rompre.

Il a surpassé tous les autres prophètes par l'excellence de ses qualités extérieures et de ses qualités morales.

Aucun d'eux n'approche de lui en science ni en vertu.

Chacun d'eux sollicite de l'apôtre de Dieu une gorgée de la mer de sa science, ou une goutte des pluies abondantes de sa vertu.
»


Ce poème m'a rappelé l'évangile de Barnabas* où Dieu parle à Adam de Mahomet :


« Se dressant sur ses pieds, Adam vit, en l'air, une inscription brillante comme le soleil. Elle disait : « Il n'y a qu'un seul Dieu, et Muhammad est le Messager de Dieu » Alors Adam ouvrit la bouche et dit : « Je te rends grâces, Seigneur mon Dieu, d'avoir daigné me créer, mais dis-moi, je t'en prie, que signifient ces paroles : Muhammad Messager de Dieu ? » Y a-t-il eu d'autres hommes avant moi ? » Dieu répondit alors : « Sois le bienvenu, ô mon serviteur Adam! Je te le dis, tu es le premiers homme que j'ai créé. Celui que tu as vu est ton fils qui se tiendra prêt pendant bien des années à venir au monde. Il sera mon Messager. C'est pour lui que j'ai tout créé, Il donnera lumière au monde quand il viendra. Son âme se trouve dans une splendeur céleste ; elle y fut mise soixante mille ans avant que je fasse quoi que ce soit. » (chapitre 39)


Voilà qui me laisse songeur quand j’entends les musulmans (se basant sur le Coran) reprocher aux chrétiens de faire de Jésus le Fils de Dieu et un être ayant part à la divinité.


A l'examen de la littérature musulmane Mahomet n'est plus un homme, il est un dieu !



*voir mon article du 6 novembre 2010 « L'évangile musulman de Barnabas » : http://alephetomega.blogspot.com/2010/11/levangile-musulman-de-barnabas.html


mardi 25 octobre 2011

Les traditions apocryphes de l'épître de Jude


Des vingt-sept livres du Nouveau Testament l'épître de Jude est sûrement celui qui interroge le plus.

Image : Fragments du livre d'Enoch en araméen découvert à Qumran.

Nous ne nous discuterons cependant ici ni de sa canonicité ni de sa paternité, à savoir si oui ou non l'épître est bien de Judas, le frère de Jacques dit « le juste » (l'auteur de l'épître portant son nom) et de Jésus-Christ comme on l'admet généralement.

La critique a depuis longtemps pointée du doigt la présence de trois citations apocryphes dans la lettre, c'est à dire de passages puisant dans des sources non bibliques, que nous qualifierons ici de traditions.

La première concerne deux épisodes de la Genèse, l'un consigné au chapitre 6 versets 1-4 où les anges se matérialisent afin de prendre femmes, l'autre au chapitre 19 versets 4-14, où des anges rendant visite à Lot sont menacé de viol par certains d'entre les habitants de Sodome.


Voici ce que rapporte Jude aux versets 6 et 7 : « Quant aux anges, qui n’ont pas conservé leur primauté, mais ont quitté leur propre demeure, c’est pour le jugement du grand Jour qu’il les a gardés dans des liens éternels, au fond des ténèbres.
Ainsi Sodome, Gomorrhe et les villes voisines qui se sont prostituées de la même manière et ont couru après une chair différente, sont-elles proposées en exemple, subissant la peine d’un feu éternel. » (Jérusalem)

Tout porte à croire que Jude s'est inspiré du Testament de Nephtali, l'un des livres composant le volume appelé Testaments des douze patriarches, au chapitre 3 versets 4 et 5. Voici ce qu'on y lit : « Mais vous mes enfants, n'agissez pas de la sorte ; reconnaissez dans le firmament, la terre, la mer, et dans toutes Ses œuvres, le Seigneur qui a fait l'univers, pour ne pas devenir comme Sodome, qui a changé son ordre naturel.
De même, les Veilleurs, eux aussi, ont changé leur ordre naturel, eux que le Seigneur a maudit lors du déluge et à cause de qui il a rendu la terre inhabité et inculte. »

Il faut avouer que la ressemblance est assez frappante. On imagine mal qu'il puisse s'agir d'un concours de circonstances.

La seconde tradition se trouve au verset 9 : « Pourtant, Mikaël - l’archange - lorsqu’il conversa avec le Diable et se disputa à propos du corps de Moïse, n’osa pas même porter un jugement insultant, mais dit: "Que Le Seigneur te reprenne!" » (D. Fontaine)

Aucun livre mentionnant cet épisode ne nous est parvenu. Par contre les Pères de l'église nous ont laissé plusieurs témoignages indiquant qu'il proviendrait de l'Assomption de Moïse, ouvrage apocryphe datant du 1er siècle de notre ère, qui semblait compléter le Testament de Moïse qui, lui, nous est parvenu.

Parmi ces témoins nous trouvons Clément d'Alexandrie († 217), Origène († 254), les Actes du premier concile de Nicée (325), Eusèbe de Césarée († 340), Athanase († 373), Didyme l'aveugle († 398), Jérôme († 420), Evode d'Uzala († 430) et Nicéphore de Constantinople († 828).

Tous attestent de l'existence de l'Assomption de Moïse et plusieurs, dont Clément d'Alexandrie, Origène et Didyme, affirment que Jude 9 dépend directement de l'apocryphe. Attendu qu'ils devaient avoir l'ouvrage sous leurs yeux il semble que nous pouvons sans risque nous baser sur leur témoignage.

Il faut dire que notre épître n'avait pas bonne réputation partout, selon plusieurs auteurs que nous avons déjà cités, mais nous reviendront sur ce point un peu plus loin.

L'explication qu'ont à nous fournir certains exégètes sur la présence de cet épisode inédit entre Mikaël et Satan est l'inspiration divine directe. C'est leur droit le plus naturel de le penser. Mais il est sûrement plus raisonnable d'envisager que Jude a puisé dans la tradition littéraire de son temps.

La troisième et dernière tradition citée par Jude est consignée aux versets 14 et 15. On y lit : « C’est aussi pour eux qu’Enoch, le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes : Voici, le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d’impiété qu’ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu’ont proférées contre lui des pécheurs impies. » (Segond)

La source de ce passage a été la plus simple à identifier attendu que le livre d'Hénoch dans sa version en langue guèze est connue depuis 1773, l'église orthodoxe éthiopienne l'ayant toujours reçue comme canonique.

Voici le passage cité par Jude selon le livre d’Hénoch au chapitre 1 : « Car il vient avec ses saintes myriades juger l'univers, faire périr tout impie, confondre toute chair, pour tous
les actes d'impiétés qu'ils ont commis et pour les outrages qu'ont proférés contre Lui les pécheurs impies. »

Il est possible que ce verset d'Hénoch soit lui-même un écho de Deutéronome 33:2 qui déclare : « Il dit: Yahweh est venu de Sinaï, il s’est levé pour eux de Séïr, il a resplendi de la montagne de Pharan, il est sorti du milieu des saintes myriades; de sa droite jaillissaient pour eux des jets de lumière ». (Crampon)

Le passage présentant Hénoch comme étant « le septième depuis Adam » est consigné en Hénoch 60:8 où le narrateur est Noé. Il s'agit probablement d'un fragment d'une Vision de Noé que l'on retrouve morcelée tout au long du livre d'Hénoch.

Des trois passages inédits c'est cette partie qui atteste le plus d'un emprunt aux traditions apocryphes.

Pour toutes ces citations un partie des différentes dénominations chrétiennes donne sa préférence à l'inspiration divine directe ou à un écho d'anciennes traditions dont dépendrait également les trois livres apocryphes cités, les Testaments des douze patriarches, l'Assomption de Moïse et le livre d’Hénoch.

La critique scientifique se base quand à elle sur les sources et retient plutôt l'emprunt de Jude aux trois livres sans rejeter l’éventualité d'une plus grand ancienneté de ces traditions que les livres eux-mêmes. Personne ne saurait en effet prouver que la dispute entre Mikaël et le Diable et la prophétie d'Hénoch ne remontent pas à des traditions orales qui auraient fini par être consignée dans des livres.

Toujours est-il qu'a cause de ces traditions non bibliques, l’épître ne fut pas en odeur de sainteté partout. Clément d'Alexandrie, Origène, Eusèbe de Césarée et Jérôme témoignent tous que, bien que Jude fut toujours reçu par l'église comme canonique et qu'elle fut presque universellement reconnue, elle fut contestée par certains qui, soit doutaient de son authenticité tout en la conservant parmi les textes sacrés, soit la rejetaient catégoriquement.

Nous retiendrons cependant que l'épître de Jude figure dans le plus ancien catalogue des livres du Nouveau Testament, le Canon de Muratori, datant de la fin du 2ème siècle et que même les plus anciens auteurs chrétiens, Théophile d'Antioche par exemple, s'y réfèrent indirectement (cf. A Autolycus 2,15 et Jude 13).

Enfin soulignons que le contenu de l'épître de Jude est à peu près le même que celui de la seconde lettre de Pierre chapitre 2:1 à 3:14. A ce jour la critique n'a pas pu établir clairement si Jude dépend de 2 Pierre ou si c'est l'inverse.

On remarque que Jude emploie ces traditions dans le but de convaincre, on a même le sentiment qu'en les citant il en appel à la mémoire de ses auditeurs ce qui sous-entend qu'ils devaient en avoir eu connaissance préalablement ou eux-mêmes les avoir lu.

La question de la lecture des apocryphes, notamment ceux présent dans les compilations tardives de la Septante, divise le monde chrétien depuis toujours. Au temps des premières communautés ont se disputait sur le droit de les lire en public durant les assemblés. Les chrétiens d'orient les ont canonisés sans restriction, aux côtés parfois d'une multitude d'autres comme dans l'église éthiopienne. Ceux d'occident en ont exclus quelques-uns. Au moment de la Réforme, les Luthériens, tout en les sortant du canon, les considéraient comme utiles et les ont placés un temps en marge de leur version de la Bible. Les églises de type évangélique les rejettent en bloc tout en reconnaissant l'utilité des Maccabées sur le plan historique. Les réformés les ont exclu également mais la mouvance moderne de cette représentation du protestantisme, plus libérale, en fait un large usage dans le cadre de la critique quand ils ne les emploient pas carrément dans leur liturgie, ramenant la littérature judaïque à une dimension plus philosophique qu'inspirée.*

Les autres apocryphes - qui sont légions - et que l'on appel communément écrits intertestamentaires sont aujourd'hui très sérieusement étudiés. Les textes de la communauté de Qumran (supposés esséniens) et la littérature apocalyptique en général nous ont apportés de précieuses lumières sur l'espérance messianique juive des deux siècles précédant la naissance de Jésus.

Les Juifs lisaient les traditions apocryphes, les auteurs chrétiens du Nouveau Testament les connaissaient et les employaient, on l'a vu avec Jude, les apologiste des deux générations suivantes en usaient également, citons de nouveau Théophile d'Antioche qui appel à son secours les Oracles Sibyllins dont le premier vers apparaît dans les Stomates de Clément d'Alexandrie.

De leur côtés les apocryphes judéo-chrétiens et chrétiens - eux aussi nombreux - nous éclairent sur l'attente de la parousie du Christ et l'espérance millénariste des premières communautés.

* Voir mon article du 11 septembre 2010 : Le canon biblique, ses variations et la questions des apocryphes

Bibliographie sélective :

L'authenticité de l’épître de Jude par L.- Aug Arnaud, chez Levrault, Strasbourg, 1835 :
http://books.google.fr/books?id=nn47AAAAcAAJ&pg=PP8&dq=%C3%A9p%C3%AEtre+de+Jude&hl=fr&ei=U5ymTs-ICoHd4QS-8akX&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=3&ved=0CDgQ6AEwAg#v=onepage&q=%C3%A9p%C3%AEtre%20de%20Jude&f=false
Recherches critiques sur l'épître de Jude par Eugène Arnaud, chez Berger-Levrault, Strasbourg, 1851 :
http://books.google.fr/books?id=47wCAAAAQAAJ&pg=PA102&dq=%C3%A9p%C3%AEtre+de+Jude&hl=fr&ei=U5ymTs-ICoHd4QS-8akX&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CC0Q6AEwAA#v=onepage&q&f=false
La deuxième épître de saint Pierre ; L'épître de saint Jude par Eric Fuchs et Pierre Reymond, Labord et Fides, Genève, 1988 :
http://books.google.fr/books?id=B4Ph2RZfv3EC&pg=PA20&dq=%C3%A9p%C3%AEtre+de+Jude&hl=fr&ei=U5ymTs-ICoHd4QS-8akX&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CDIQ6AEwAQ#v=onepage&q&f=false
La Bible : Écrits intertestamentaires, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1987
L'article de mon ami Jean-Claude Barbier :

vendredi 21 octobre 2011

Le Nom de Dieu, le grand oublié du Coran


Il est un fait intéressant, c'est l'absence de référence au Nom de Dieu dans le Coran et la tradition islamique.

Pourtant le Nom de Dieu, composé de quatre lettres, YHWH (יהוה en hébreu) et que l'on nomme le tétragramme (du grec τετρα, "quatre" et γράμμα, "signe" ou"lettre") est au cœur de la foi autant dans la tradition juive que dans la tradition chrétienne.

Image : Le crédo musulman "Il n'y a de Dieu que Dieu" en arabe.

Le crédo juif, que l'on appel communément le "Shema Israël", consigné en Deutéronome 6:4 déclare : "Shema Israël YHWH elohenou YHWH e'had", c'est à dire "Écoute, ô Israël ! YHWH notre Dieu est un seul YHWH".

Celui-ci sera repris dans le christianisme, on le trouve consigné en Marc 12:29 où, à la question de savoir quel était le plus grand commandement, Jésus répondit : "Le premier, c’est : ‘ Entends, ô Israël, YHWH notre Dieu est un seul YHWH".

Le Nouveau Testament fourmille de passages empruntés à l'Ancien et à l'époque de sa rédaction on trouvait encore dans la Septante le tétragramme en lettres hébraïques au milieu du texte grec.

Hypothétiquement on peut penser qu'un passage comme Luc 4:17-19 aurait d'abord été écrit comme suit : "On lui remit alors le rouleau du prophète Isaïe, et il ouvrit le rouleau et trouva l’endroit où il était écrit : “ L’esprit de יהוה est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres, il m’a envoyé pour prêcher aux capt
ifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, pour renvoyer en liberté les écrasés, pour prêcher l’année que יהוה agrée."

Directement le Nouveau Testament emploi quatre fois le Nom de Dieu sous la forme Yah dans l'Apocalypse au chapitre 19, par le mot "Hallêlouia" (Αλληλούϊα), transcription grecque de l'hébreu "halelouyah" c'est à dire "louez Yah".

Et le Nom ne sera pas oublié puisqu'on le retrouve sous la plume d'Irénée vers 180 et plus tard d'Origène et de Jérôme.

Bien que le Nom n'était plus prononcé, selon l'usage introduit par le judaïsme, il était connu selon ses quatre lettres YHWH et révéré.

Image : Fragment d'un manuscrit de la Septante où l'on voit le tétragramme en lettres hébraïques au milieu du texte grec.



Le Coran, lui, ignore totalement le tétragramme.

Le crédo musulman se contente de la formule "la ilaha illa allah" c'est à dire "Il n'y a de Dieu que Dieu".

Curieusement l'islam donne quatre-vingt-dix-neuf noms à Dieu, qui sont plutôt en réalité des attributs, mais jamais il ne mentionne son Nom
propre, jamais il n'y fait même allusion.

Certains avancent l'idée que dans le Coran le mot LUI en arabe est la forme du Nom de Dieu.

En effet LUI se dit "Houwa" (هُوَ) et il est rattaché au verbe "être", comme dans la sourate XX, 98 : "Mais voici votre Ilah (Dieu), Allah (Dieu), pas d’Ilah (Dieu), sauf Lui: il embrasse tout en sa science." (Cf. III, 2)

Or le tétragramme hébraïque provient également du verbe "être", ("hawah", הוה).

Cela dit en hébreu ni "hawah" ni le mot LUI (הוּא "Hawoua") ne sont les noms de Dieu.

Son Nom demeure YHWH (יהוה), lequel se comprend à la lumière d'Exode 3:14 : ʼÈhyèh ʼAshèr ʼÈhyèh - JE SERAI CE QUE JE SERAI (...) JE SERAI m’a envoyé vers vous (...) YHWH le Dieu de vos ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous. ’ C’est là mon nom pour des temps indéfinis.